10 raisons de découvrir Ten Women in Black
À l’occasion de la sortie en Blu-ray, chez Radiance, de Ten Women in Black en édition limitée, j’avais envie de revenir sur ce film et de partager avec vous les raisons pour lesquelles il mérite, à mes yeux, d’être découvert — ou redécouvert.
Pour ma part, il aura suffi de son titre, tout droit sorti d’un concept un peu fou, et de son affiche impressionnante de gravité pour me donner envie d’acheter le Blu-ray sans hésitation. Depuis que je l’ai vu, le film me hante pour plusieurs raisons, que je vais m’amuser à évoquer sous la forme d’une liste de dix arguments qui pourraient, à votre tour, vous donner envie de le découvrir.
Un casting de divas à faire pâlir n’importe quel générique.
Autour de Keiko Kishi, le film réunit notamment Fujiko Yamamoto, Kyōko Kishida, Mariko Miyagi et Tamao Nakamura : une constellation d’actrices du cinéma japonais des années 1960. À lui seul, le casting est déjà un tour de force.
Keiko Kishi, présence magnétique.
Elle nous a malheureusement quittés il y a très peu de temps, et revenir ici sur son immense carrière serait difficile. Disons simplement que, si le casting est impressionnant, elle réussit tout de même à voler plusieurs scènes aux autres actrices par sa présence et sa modernité. Elle apporte au jeu collectif une autorité, une finesse et une ambiguïté qui marquent le film. Souvent directement opposé à celui interprété par Fujiko Yamamoto — autre grande actrice qui mériterait toute notre attention — son personnage dessine avec elle deux portraits de femmes japonaises modernes qui captent toute l’attention du spectateur. Dans cette scène où elles discutent sans cesser de se toiser du regard, elles sont différentes, ne s’apprécient guère, mais se comprennent. Keiko Kishi allume une cigarette devant Fujiko Yamamoto avec un sourire de provocation. Des frissons.
Un noir et blanc d’une beauté tranchante.
La photographie de Setsuo Kobayashi transforme bureaux, appartements, bars et rues en espaces graphiques, presque abstraits. Les noirs profonds donnent au film une grande élégance. Les portraits d’actrices et d’acteurs y sont magnifiés, comme dans le formidable générique d’ouverture, qui présente les personnages principaux : ils apparaissent dans le noir et naissent tour à tour dans la lumière. L’un des plus beaux films en noir et blanc de l’époque, et même au-delà.
Kon Ichikawa filme la comédie comme un polar.
Menaces, filatures, rendez-vous clandestins, cadres anxiogènes : la mise en scène emprunte volontiers au film noir, alors même que le film reste une satire féroce. Ce mélange des genres témoigne de la grande intelligence de Kon Ichikawa, autant que de sa polyvalence.
Kon Ichikawa
Une comédie noire vraiment drôle — et cruelle.
Ce n’est pas seulement un drame conjugal : le film pousse son point de départ absurde jusqu’à l’humour noir, sans jamais absoudre son héros. Il est souvent ridiculisé, mais les femmes ne sont pas non plus totalement épargnées par la satire.
Un scénario de Natto Wada étonnamment moderne.
Le scénario, porté par un regard de femme, est d’une modernité saisissante. Wada refuse de réduire les maîtresses à une masse interchangeable et observe les rapports de pouvoir avec beaucoup d’acidité. Également épouse de Kon Ichikawa, Natto Wada fait partie de ces grandes scénaristes trop vite écartées par la maladie. Un rare regard féminin dans une industrie alors majoritairement contrôlée par des hommes.
Natto Wada
Dix femmes, dix manières d’exister dans le même piège.
Le film ne se contente pas d’opposer « les femmes » à « l’homme » : il fait émerger désirs, rivalités, solidarités et contradictions au sein même du groupe. Les portraits sont variés, comme ils le sont dans la société, et donnent au film une subtilité qui le rend profondément non manichéen.
Un portrait mordant du Japon de la télévision naissante.
Le héros travaille dans une chaîne de télévision en pleine expansion. Ce décor permet au film de saisir une modernité urbaine, affairée et déjà très médiatique. On y parle bien du Japon dans sa transformation moderne, et non à travers une vision traditionnelle. Cela amplifie encore la modernité du long métrage, tout en montrant un environnement concurrent pour le cinéma de l’époque : une rare occasion de voir le cinéma parler de télévision au moment de son essor.
La séquence de cauchemar : pur moment de cinéma.
Le fantasme du personnage masculin le montre poursuivi et tué par ses maîtresses, toutes rassemblées autour de lui alors qu’il se retrouve à genoux. Une vision de cinéma extrêmement exaltante.
Une fin qui refuse le confort.
Sans la dévoiler, la fin du métrage déjoue le dénouement attendu et prolonge le malaise après le dernier plan. Inattendue en un sens, profondément ironique quant aux attentes des personnages, elle offre une vision intelligente que vous ne verrez pas tous les jours.
J’espère que cela vous donnera envie de découvrir Ten Women in Black, un film longtemps resté invisible chez nous et qui bénéficie aujourd’hui d’une très belle édition chez Radiance, à la suite de sa magnifique restauration 4K. Le Blu-ray inclut également plusieurs bonus, dont un documentaire réalisé par Shunji Iwai. Foncez tant qu’elle est disponible : vous m’en direz des nouvelles.